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Le mardi 31 mars, la réunion du Groupe de travail d’experts 3 (EWG3) de CIRPASS-2 aura lieu ensemble. Ce consortium européen a pour mission de définir l’architecture de la Digital Product Passport (DPP) pour le secteur textile. À l’ordre du jour se trouve un point qui, jusqu’à il y a quelques mois, semblait technique et gérable : le niveau de granularity of the passport.
Aujourd’hui, ce n’est rien du tout.
Ce que signifie « granularité » et pourquoi cela est important
Le DPP textile peut être émis à trois niveaux :
Model level — Un passeport unique pour toutes les unités d’un modèle donné (par exemple, « T-shirt blanc, taille M, 100 % coton, saison printemps 2026 »).
Batch level — Un passeport pour chaque lot de production, identifiant une chaîne d’approvisionnement spécifique, une filature spécifique et la composition réelle précise.
Item level — Un passeport pour chaque vêtement individuel, avec un identifiant unique de produit (UPI), potentiellement mettable à jour tout au long de son cycle de vie.
The CIRPASS-2 whitepaper, “DPP Granularity Level Options for Textiles/Apparel” (novembre 2025), est un document honnête et bien construit. Il recommande explicitement d’encourager l’identification au niveau des items (Recommendation R2) anticiper une expansion future vers l’économie circulaire, et que le niveau de granularité des identifiants de produits et des informations obligatoires ne coïncident pas nécessairement (R1).
C’était une position équilibrée, scientifiquement défendable, qui laissait place aux PME tout en orientant dans la bonne direction.
L’email anonyme qui a brouillé les cartes
Le vendredi 27 mars, le président de l’EWG3, Andreas Schneider, a envoyé une communication inhabituelle à l’ensemble du groupe d’experts : une déclaration anonyme d'« un expert pertinent d’un grand pays producteur de textile », avec une demande explicite d’anonymat.
Le contenu est clair : model-level comme le seul niveau obligatoire, du moins lors de la phase initiale ESPR. Le niveau des lots et des items est reconnu comme une « référence théorique » mais reporté à un avenir volontaire, supposément soutenu par des fonds européens destinés aux PME des pays tiers.
Voici les arguments classiques du lobbying dans la production industrielle :
Les systèmes ERP PME sont structurés par modèle, et non par lot.
Item-level serialization requires unsustainable investments for small producers.
Dans les entrepôts e-commerce, il est « presque impossible » d’associer un numéro de série à un client au moment de la vente.
While these points aren’t entirely false, they aren’t technical arguments either: they are des arguments économiques-politiques déguisés en contraintes opérationnelles.
Le problème que cette position refuse de voir
Un événement important s’est produit il y a 48 heures, le 28 mars 2026, à seulement quelques kilomètres de l’endroit où j’écris.
La Garde des finances de Prato (Guardia di Finanza) seized 246 860 bobines de fil industriel importés de Chine dans le cadre de la campagne « Commerce légal ». Les violations : manque de détails sur les importateurs/distributeurs et — plus important encore — le Absence de données minimales sur la composition textile exigé par le règlement UE 1007/2011.
In short: nobody knew what was actually inside those spools.
Cela aurait pu être 100 % coton, ou un mélange synthétique bon marché. Aucun acheteur industriel ne pourrait le vérifier sans analyse en laboratoire. Aucun système automatisé ne pouvait signaler l’anomalie avant qu’elle n’entre dans la chaîne d’approvisionnement.
C’est exactement pour cela que le DPP existe au niveau des lots. Le DPP au niveau du modèle est inutile ici ; Il fournit une photographie de la declaredle type de produit, pas le delivered goods.
Mass Balance : l’angle mort du débat
La vérification du bilan de masse répond à une question simple : la quantité de fibre certifiée (biologique, recyclée, etc.) entrant dans la chaîne d’approvisionnement d’un lot correspond-elle à celle du produit certifié qui sort ?
This is Seulement possible au niveau du lot (ou plus haut). Au niveau du modèle, les anomalies disparaissent sous forme de bruit statistique. Un producteur utilisant des matières premières mélangées en seulement quelques lots reste invisible pour un système au niveau du modèle.
To my knowledge, Reeco est actuellement le seul système qui effectue la vérification du bilan de masse jusqu’à chaque unité (niveau d’objet) dans le cadre du flux de travail d’audit DPP. Alors qu’un consortium européen de 49 partenaires débat de la question de savoir si le niveau batch est trop « cher », un système d’exploitation développé par une micro-entreprise à Prato l’a déjà dépassé.
Le problème de durabilité : JRC Milestone 3
J’ai précédemment critiqué le JRC Milestone 3 sur la durabilité textile de ce Substack. La méthodologie JRC utilise des valeurs moyennes de performance comme indicateurs de durabilité, sans désagréger par origine batch.
C’est l’échec de la pensée au niveau du modèle : elle repose sur des moyennes qui masquent la variance réelle. Un vêtement issu d’un lot avec un fil supérieur a une durabilité différente de celle d’un autre fournisseur six mois plus tôt. Le niveau batch capture cela ; au niveau du modèle, non.
J’ai soumis mon Durability Index V1.02 and Repairability Index V3.1 à Antonio Delre (JRC Seville, Unité B5) sur invitation directe. Cette contribution est officiellement documentée dans le jalon CIRPASS-2.
Ce qui est vraiment en jeu mardi
La réunion du 31 mars est un choix de champ : voulons-nous un DPP qui fonctionne comme un outil de vérification ou un outil de communication ?
A model-level DPP c’est pour la communication. C’est correct pour le commerce en ligne avant achat mais inutile pour les douanes ou la garde financière. A batch-level DPP est un outil de vérification. C’est la seule façon de prouver que le terrain spécifique devant vous est ce qu’il prétend être.
Ma position pour le 31 mars
Je ne suis pas neutre. Ma contribution à l’enquête CIRPASS-2 (ID bb6997ac) a documenté la lacune dans la certification au niveau des promotions. Le système que j’ai construit est conçu pour item-level granularity comme le maximum disponible, avec le Batch comme unité minimale obligatoire pour tout audit significatif.
De plus, dans ma contribution de novembre 2025 à la New Legislative Framework (NLF) revision (ID : 95bac2ed-47e7-4a88-aa0a-7437928777dd), I advocated for:
Intégration de certificats tiers dans le DPP pour une vérification en temps réel.
Bénéfices quantifiés : réduction de 30 à 50 % de la vérification manuelle et 70 % d’automatisation des vérifications croisées.
Circular-compatible identification: Les étiquettes RFID créent des problèmes de fin de vie non résolus (dispersion de puce/antenne lors du recyclage). Seul un code unique sur une étiquette — de préférence fabriqué avec la même fibre que le produit — est compatible avec la véritable circularité.
Mon point de vue pour la réunion :
Model-level comme minimum pour les données environnementales agrégées (PEF/LCA).
Batch-level as the mandatory minimum pour la traçabilité et la lutte contre la fraude. Il doit accompagner chaque envoi commercial.
Item-level comme objectif à moyen terme, soutenu par un plan de transition financé.
La granularité est un choix politique : protégeons-nous les consommateurs et les entreprises honnêtes, ou les flux commerciaux opaques qui prospèrent dans l’ambiguïté ?
246 860 bobines saisies à Prato. L’affaire reste ouverte.
Stefano Cipriani est le fondateur de Reeco (ia.reeco.eco), un actionnaire enregistré auprès du JRC, et membre d’EWG1, EWG3 et EWG5 de CIRPASS-2.